Savoir-faire · Produit fini

Fabrication des teintures mères : trois semaines de macération, une plante mise en cuve dès sa cueillette

Une teinture mère ne se distille pas et ne se cuit pas. On met une plante fraîche au contact d'un mélange d'eau et d'alcool, on attend, puis on presse. Tout le savoir-faire tient dans trois réglages : la plante, le degré du solvant et le temps.

Le procédé paraît simple parce qu'il ne comporte aucune machine savante. Il est pourtant exigeant : la plante doit entrer en cuve avant de se flétrir, l'eau qu'elle contient doit être comptée dans le calcul du degré, et la macération immobilise la cuve pendant des semaines.

Les teintures mères font partie des fabrications de notre atelier, pour notre compte comme pour celui d'autres opérateurs. Cette page suit la plante jusqu'au flacon compte-gouttes. Les conditions opératoires sont celles de nos fiches produit et de la Pharmacopée ; les chiffres de la littérature sont signalés comme tels.

LA MATIÈRE

La plante fraîche

Mise en macération dès la cueillette, sans séchage ni congélation.

LE GESTE CLÉ

Trois semaines de macération

Dans l'eau et l'alcool végétal, avec une agitation régulière.

LE REPÈRE

Au dixième

Un poids de plante, compté sec, pour dix poids de teinture.


Deux idées reçues

Non, une teinture mère n'est pas une dilution. C'est même l'inverse : elle est le point de départ, la préparation non diluée. Le mot vient de la pharmacie homéopathique, où la teinture mère est la « souche » à partir de laquelle on prépare les dilutions successives. La Pharmacopée européenne la définit comme une préparation liquide obtenue par l'action d'un solvant approprié sur une matière première, fraîche ou sèche. Le flacon que vous tenez contient donc l'extrait tel qu'il sort de la presse et du filtre.

Et non, un degré élevé n'est pas un gage de force. Le titre alcoolique est un réglage, pas une note. Les monographies de la Pharmacopée fixent un titre plante par plante : 65 % pour la teinture mère d'iris versicolore, 45 % pour celle de belladone préparée selon la même méthode. Un solvant trop riche en alcool laisse derrière lui les composés qui aiment l'eau ; un solvant trop pauvre laisse ceux qui la fuient. Le bon degré est celui qui convient à la plante.


Le procédé, en huit étapes

Les titres du schéma mènent chacun au détail de l'opération, plus bas.

1. Cueillette et réception de la plante
Plante biologique, cueillie à la main, au stade voulu.
Identification : nom latin et partie employée.

Écartés ici : tout lot mal identifié, flétri ou souillé.

2. Tri et découpe
Retrait des parties non voulues.
Fragments de quelques centimètres, sans broyage fin.

Écartés ici : terre, tiges ligneuses, parties d'autres plantes.

3. Pesée et calcul du solvant
Rapport au dixième du poids sec.
L'eau apportée par la plante entre dans le calcul du degré.

4. Macération
Trois semaines dans l'eau pure et l'alcool végétal bio, en cuve close, à froid.
C'est ici, et seulement ici, que la plante devient teinture.

5. Pressage à froid
Le liquide qui s'écoule et celui que rend la presse sont réunis.
Aucune chauffe.

Écarté ici : le marc, la plante épuisée.

6. Repos et filtration
Les particules se déposent, puis le liquide est filtré.
Il sort limpide.

Écartés ici : le dépôt et les fines particules de plante.

7. Contrôle du lot
Titre alcoolique, résidu sec, identification de la plante.
Aspect, odeur, limpidité.

Écarté ici : tout lot hors spécification.

8. Conditionnement
Flacon compte-gouttes de 125 ml, étiquetage, numéro de lot.
Le produit fini.

Six étapes sur huit sont des gestes de préparation ou de finition, communs à bien des extraits : trier, peser, presser, filtrer, contrôler, remplir. Deux sont propres à la teinture mère. Le calcul du solvant, parce qu'une plante fraîche apporte sa propre eau et fausse le degré si on l'oublie. La macération, parce que c'est elle, et elle seule, qui fait passer les composés de la plante dans le liquide.


Chaque étape en détail

ÉTAPE 1

Cueillette et réception de la plante

Chaque plante a son moment et son organe : les sommités fleuries du millepertuis se cueillent au solstice, les racines de valériane s'arrachent à l'automne, l'aubépine se prend avec ses jeunes feuilles au moment où elle fleurit. La plante arrive issue de l'agriculture biologique, cueillie à la main. Elle est identifiée par son nom latin et la partie employée : deux organes d'une même espèce ne donnent pas le même extrait.

ÉTAPE 2

Tri et découpe

On écarte ce qui n'est pas la partie voulue, puis on coupe pour offrir de la surface au solvant. La Pharmacopée française donne l'ordre de grandeur dans ses monographies : pour l'iris versicolore, des fragments de 0,3 à 3 cm environ. On ne broie pas finement : un broyage brutal rompt toutes les cellules d'un coup et met les enzymes de la plante au contact des composés qu'elles dégradent.

ÉTAPE 3

Pesée et calcul du solvant

Nos teintures sont préparées au dixième du poids sec : la quantité de plante se compte comme si elle avait été séchée, et l'on vise dix fois ce poids en teinture. Une plante fraîche contient beaucoup d'eau, qui rejoint le solvant dès la mise en cuve. Il faut donc connaître l'humidité du lot et choisir la force de l'alcool ajouté pour que le mélange final atteigne le titre voulu — 65 % vol pour le millepertuis, par exemple.

ÉTAPE 4 — L'ÉTAPE CLÉ

Macération

La plante reste trois semaines dans l'eau pure et l'alcool végétal biologique, en cuve fermée et à froid. Le mélange est fortement agité au cours de la macération pour renouveler le solvant au contact des fragments. Les monographies de la Pharmacopée fixent une durée par plante : de 3 à 5 semaines pour l'iris versicolore. Abréger, c'est laisser des composés dans le marc.

ÉTAPE 5

Pressage à froid

Le liquide est d'abord soutiré, puis la plante est pressée fortement pour rendre celui qu'elle retient. La Pharmacopée européenne prévoit ce cas : quand le résidu est pressé, les deux liquides sont réunis. Rien n'est chauffé. Le marc, plante épuisée, sort de la chaîne.

ÉTAPE 6

Repos et filtration

Le liquide pressé est trouble. On le laisse reposer pour que les particules se déposent, puis on le filtre jusqu'à la limpidité attendue d'un produit de vente. Un léger dépôt peut encore apparaître des mois plus tard, au froid : ce sont des composés peu solubles qui précipitent, pas une altération.

ÉTAPE 7

Contrôle du lot

Les essais sont ceux qu'emploie la Pharmacopée pour les teintures mères : teneur en éthanol, dans une fourchette de 5 points autour du titre prévu ; résidu sec, c'est-à-dire la matière extraite qui reste après évaporation, avec un minimum fixé plante par plante — au moins 1,0 % pour l'iris versicolore ; identification de la plante par chromatographie. La Pharmacopée européenne limite aussi le méthanol et le 2-propanol à 0,05 % chacun.

ÉTAPE 8

Conditionnement

Remplissage en flacon compte-gouttes de 125 ml, bouchage, étiquetage avec le nom latin, la partie employée, le titre alcoolique et le numéro de lot. La Pharmacopée demande de conserver les teintures mères à l'abri de la lumière : le verre teinté fait partie du produit. Voir conditionnement à façon.


Ce que coûte le procédé

Le premier coût est le temps. Une cuve en macération est immobilisée trois semaines, auxquelles s'ajoutent le repos et la filtration. Une gamme se prépare donc des mois à l'avance, et une rupture ne se rattrape pas en quelques jours.

Le deuxième est la matière. Préparer au dixième, c'est engager l'équivalent d'un kilo de plante sèche pour dix kilos de teinture — et, en plante fraîche, plusieurs fois ce poids, puisque la plante arrive gorgée d'eau. Le marc en retient une part après pressage : tout le liquide mis en cuve ne ressort pas en flacon.

Le troisième est le calendrier de la plante. Une plante fraîche se travaille le jour de sa cueillette ou peu après : la fabrication suit la saison de chaque espèce, et non l'inverse. C'est la contrainte que la plante sèche permet d'éviter, et que nous acceptons.

Le paradoxe de la plante fraîche. La plante fraîche dilue son propre solvant. Prenons, pour l'exemple, 500 g d'une plante qui contient 80 % d'eau : elle apporte 400 g d'eau à la cuve. Si l'on y verse 500 g d'alcool à 96 % vol, le liquide ne titre plus que 52 % d'alcool en masse, soit environ 60 % vol. Pour tenir un titre donné, il faut donc partir d'un alcool bien plus fort que le titre visé, et d'autant plus fort que la plante est aqueuse. Une teinture de plante sèche n'a pas ce problème — mais elle n'est plus une teinture de plante fraîche.

Exemple de calcul, matière sèche de la plante non comptée ; conversions d'après les tables alcoométriques internationales de l'OIML (96 % vol = 93,8 % en masse ; 52,1 % en masse = 60 % vol).


Pourquoi un mélange d'eau et d'alcool

Un solvant dissout ce qui lui ressemble. L'eau est une molécule très polaire : sa constante diélectrique, qui mesure cette polarité, vaut environ 78 à 25 °C. Celle de l'éthanol vaut environ 25. En mêlant les deux dans des proportions choisies, on obtient toutes les valeurs intermédiaires : on règle le solvant comme on règle un tamis.

Riche en eau, le mélange prend les composés polaires — hétérosides, mucilages, tanins, acides-phénols liés à des sucres. Riche en alcool, il prend les composés moins polaires — résines, terpènes, flavonoïdes libres. Aucun des deux solvants purs ne prend l'ensemble : c'est pourquoi la teinture mère emploie un mélange, et pourquoi son titre change d'une plante à l'autre.

L'alcool a un second rôle : il conserve. Un extrait purement aqueux s'altère en quelques jours ; la teinture se garde en flacon, à température ambiante, sans conservateur ajouté.

Le paradoxe du litre qui rétrécit. Versez 52 volumes d'éthanol dans 48 volumes d'eau : vous n'obtenez pas 100 volumes, mais environ 96. Les molécules d'eau et d'alcool s'associent et s'empilent plus serré qu'elles ne le font séparément. C'est pourquoi le degré se dit en « % vol » à une température de référence, et pourquoi on calcule un mélange hydro-alcoolique en masse avant de le convertir en volume : additionner des litres donnerait un faux titre.


Teinture mère, extrait fluide, complexe, ampoule

Nos rayons de plantes réunissent quatre formes liquides. Elles partent souvent des mêmes espèces ; ce qui les sépare, c'est le solvant et la manière de les assembler.

Forme Solvant Flacon Ce que cela change
Teinture mère Eau et alcool végétal, titre propre à chaque plante 125 ml, compte-gouttes Une plante, un titre : la forme la plus concentrée en alcool.
Extrait de plantes fraîches Eau, glycérine végétale et miel ; alcool de l'ordre de 14,5 à 16 % du volume 250 ml Goût adouci, degré nettement plus bas.
Complexe Assemblage de plusieurs extraits de plantes fraîches, parfois de bourgeons 500 ml Une formule plutôt qu'une plante.
Ampoule Extrait aqueux ou pur jus, sans alcool 20 ampoules de 15 ml Dose unitaire prête à boire.

Un nom, deux cadres

En pharmacie, la teinture mère est une souche homéopathique : elle est décrite par la Pharmacopée et relève du médicament, avec autorisation de mise sur le marché. Les teintures de notre rayon sont des compléments alimentaires : elles sont préparées selon les règles de l'art de la Pharmacopée, mais elles relèvent du décret n° 2006-352, et les plantes qu'elles contiennent de la liste de l'arrêté du 24 juin 2014.

Ce second cadre impose ses propres mentions : la dose journalière à ne pas dépasser, l'avertissement de ne pas remplacer une alimentation variée, celui de tenir le flacon hors de portée des jeunes enfants. Elles figurent sur chaque fiche.


Ce que le procédé change pour qui l'achète

Lire le flacon

Trois indications rendent deux teintures comparables : le nom latin et la partie de plante, le titre alcoolique, le rapport plante-solvant. Sans elles, on ne sait pas ce que contient le flacon.

Conserver

Bouché, à température ambiante, à l'abri de la lumière. Un dépôt ou un trouble au froid est une précipitation naturelle : agitez le flacon avant emploi.

Tenir compte de l'alcool

Une teinture mère contient de l'alcool ; son titre est inscrit sur l'étiquette. Les gouttes se prennent diluées dans un grand verre d'eau. En cas de doute, pendant la grossesse ou sous traitement, demandez l'avis d'un professionnel de santé.


Nos teintures mères

Le rayon réunit une centaine de teintures mères, en flacon compte-gouttes de 125 ml, la plupart issues de l'agriculture biologique. Trois exemples, trois organes de plante :

Millepertuis

Hypericum perforatum — sommités fleuries fraîches, cueillies au solstice. 65 % vol.

Voir la fiche

Aubépine à deux styles

Crataegus laevigata — sommités fleuries fraîches, prises avec leurs jeunes feuilles.

Voir la fiche

Valériane

Valeriana officinalis — racines fraîches, arrachées à l'automne de la deuxième année.

Voir la fiche

Voir toutes les teintures mères

Voir aussi les extraits de plantes fraîches, les complexes et les ampoules sans alcool.

Vous êtes une marque, un laboratoire ou un producteur de plantes ?

Nous élaborons des teintures mères et des macérats hydro-alcooliques sous votre marque, sur votre protocole ou sur celui que nous établissons ensemble, du lot d'essai au conditionnement. Tout est détaillé sur notre page teintures mères et macérats à façon.

Faire fabriquer sous votre marque

Ou par téléphone au 06 66 45 88 96, du lundi au vendredi de 8 h à 16 h.


Sources

  1. Pharmacopée européenne, monographie générale « Préparations homéopathiques » (1038) et section « Teintures mères pour préparations homéopathiques » — définition, macération, réunion des liquides pressés, essais (éthanol, résidu sec, méthanol et 2-propanol ≤ 0,05 %), conservation à l'abri de la lumière.
  2. Pharmacopée européenne, monographie générale « Méthodes de préparation des souches homéopathiques et déconcentration » (2371), révisée en janvier 2024 — méthodes 1.1.x, dont 1.1.10 issue de la Pharmacopée française.
  3. EDQM, Guide for the elaboration of monographs on homoeopathic preparations — exemples de la belladone (méthode 1.1.10, éthanol à 45 %) et tolérance sur la teneur en éthanol.
  4. ANSM, Pharmacopée française, monographie « Iris versicolor pour préparations homéopathiques », 2012 — fragments de 0,3 à 3 cm, éthanol à 65 %, macération de 3 à 5 semaines, éthanol de 60 à 70 %, résidu sec ≥ 1,0 %.
  5. Réponse ministérielle à la question écrite n° 23623, Assemblée nationale, JO du 29 octobre 2013 — statut des teintures mères en tant que médicaments homéopathiques.
  6. Décret n° 2006-352 du 20 mars 2006 relatif aux compléments alimentaires ; arrêté du 24 juin 2014 établissant la liste des plantes autorisées dans les compléments alimentaires.
  7. OIML R 22, Tables alcoométriques internationales — correspondance entre titres en volume et en masse.
  8. CRC Handbook of Chemistry and Physics — constantes diélectriques de l'eau et de l'éthanol ; masses volumiques des mélanges eau-éthanol (contraction de volume).
  9. Fiches produit Crystal Gourmet — plante fraîche, macération de trois semaines, rapport au dixième du poids sec, pression à froid, titres alcooliques.

Les conditions opératoires citées sont celles de nos fiches produit et de la Pharmacopée ; chaque plante a les siennes, fixées par sa monographie ou par son protocole.


Voir aussi : teintures mères et macérats à façon · macérats huileux · la spiruline en comprimés · la fabrication de la moutarde · la fabrication de l'alcool végétal · la fabrication de la glycérine végétale · tous nos procédés de fabrication des produits finis. Nous sommes toujours disponibles au 06 66 45 88 96.

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