Savoir-faire · Produit fini

La spiruline en comprimés : une poudre qui tient toute seule

Presque aucune poudre végétale ne se comprime sans liant. La spiruline, si : un comprimé de 500 milligrammes ne contient que 500 milligrammes de spiruline. Cela tient à ce qu'elle est faite d'abord de protéines, qui s'écrasent au lieu de se briser.

Le trajet est long entre un bassin d'eau carbonatée et un pilulier. La spiruline y passe de la suspension diluée à la pâte, puis à la poudre, puis au comprimé, en perdant plus de dix fois son poids d'eau — et chaque transition se paie.

Crystal Gourmet ne cultive pas la spiruline et n'en possède aucun bassin : nous l'achetons. En revanche, la mise en comprimés, la mise en gélules et le conditionnement se font dans notre atelier de Jaunay-Marigny, et cette activité figure à notre certificat biologique. Nous décrivons donc les premières étapes de l'extérieur, d'après la littérature publiée, et les dernières de l'intérieur.

L'ORGANISME

Une cyanobactérie

Arthrospira platensis, filaments de 50 à 500 µm de long pour 3 à 4 µm de large, cultivés en eau carbonatée.

LE POINT CRITIQUE

Le séchage

C'est là que se perdent les pigments : de 37 % à 93 % de la phycocyanine selon la température et l'épaisseur.

NOTRE PART

La compression

Nous ne cultivons pas : nous comprimons, mettons en gélules et conditionnons, sous certification biologique.


Deux idées reçues

Non, la spiruline n'est pas une algue. C'est une bactérie photosynthétique, un procaryote, dont la paroi est faite de mucopolysaccharides et non de cellulose. Cette paroi souple explique la suite : sous une presse, elle se déforme au lieu de se fissurer. Une micro-algue à paroi rigide, comme la chlorelle, ne se comporte pas ainsi.

Et non, le comprimé n'est pas plus concentré que la poudre. Un comprimé de 500 mg, c'est 500 mg de la même poudre, simplement serrée : deux comprimés valent un gramme. Ce qu'il apporte n'est pas de la concentration, mais un dosage déjà pesé et une surface exposée à l'air bien plus faible.


Le procédé, en neuf étapes

Les titres du schéma mènent chacun au détail de l'opération, plus bas.

1. Culture en bassin
Eau carbonatée, pH voisin de 10, bassins de 10 à 20 cm.
16 à 30 g de matière sèche par m² et par jour.

2. Récolte par filtration
Une toile suffit : le filament est assez long.
Sortie : une bouillie à 8 à 10 % de matière sèche.

Écarté ici : le milieu de culture, qui retourne au bassin.

3. Essorage et pressage
La bouillie devient une pâte ferme.
Elle contient encore 76,7 % d'eau.

Écartée ici : l'eau libre, l'essentiel du volume.

4. Extrusion
La pâte passe au travers d'une grille.
Granulés de 3 mm, pour sécher vite.

5. Séchage
De 50 à 60 °C en couche mince, environ 150 minutes.
Ou par atomisation, en quelques secondes.

Écartés ici : 3,3 kg d'eau par kilo de poudre — et une part des pigments.

6. Broyage et tamisage
Le granulé sec devient poudre.
Ce qu'on ne broie pas reste en paillettes.

Écartés ici : les refus de tamis, renvoyés au broyeur.

7. Compression
Une matrice, deux poinçons, 500 mg et rien d'autre.
C'est ici, et seulement ici, que la poudre devient comprimé.

8. Contrôle du lot
Métaux lourds, microcystines, microbiologie, humidité.
Dureté, friabilité, masse moyenne.

Écarté ici : tout lot hors spécification.

9. Conditionnement
Comptage, pilulier, étiquetage, numéro de lot.
Le produit fini.

Les six premières étapes se déroulent chez le producteur, à quelques mètres du bassin, parce que la pâte fraîche ne se transporte pas ; les trois dernières chez le façonnier. Entre les deux circule une poudre sèche.


Chaque étape en détail

ÉTAPE 1

Culture en bassin

Arthrospira platensis se cultive en eau carbonatée, entre pH 8,5 et 11 ; les essais publiés en bassin raceway travaillent autour de pH 9,8. Le bassin est peu profond — 10 à 20 cm — parce que la lumière ne pénètre pas au-delà. Sur un pilote de 80 m², la productivité va de 15,9 à 30,2 g de matière sèche par m² et par jour. L'alcalinité est un filtre : peu d'organismes la supportent, ce qui limite les contaminations.

ÉTAPE 2

Récolte par filtration

C'est l'avantage économique décisif de l'espèce : le filament mesure 50 à 500 µm de long, une toile le retient. Les installations décrites par la FAO utilisent des écrans de 380 à 500 mesh et traitent 10 à 18 m³ par heure, quand les micro-algues unicellulaires exigent une centrifugation. La bouillie contient 8 à 10 % de matière sèche.

ÉTAPE 3

Essorage et pressage

La bouillie est lavée puis pressée pour chasser l'eau restée entre les filaments. La pâte obtenue, verte et ferme, titre encore 76,7 % d'eau, soit 3,3 kilos d'eau par kilo sec, et ne se conserve pas : il faut la sécher dans les heures qui suivent.

ÉTAPE 4

Extrusion

La pâte est poussée à travers une grille perforée et retombe en filaments, séchés tels quels ; dans les travaux de référence, ces granulés mesurent 3 mm de diamètre. L'eau ne sort que par la surface, et l'épaisseur de la couche pèse autant que la température de l'air : extruder, c'est fabriquer de la surface avant de chauffer.

ÉTAPE 5

Séchage

Deux voies. En couche mince, 150 minutes à 60 °C sous 4 kg/m² amènent la matière à 9,7 % d'eau ; les auteurs bornent l'exercice à 60 °C, au-delà desquels protéines et pigments se dégradent. L'autre voie est l'atomisation : la suspension est pulvérisée dans un air entrant à 180-200 °C et sortant à 80-90 °C, en quelques secondes, pour une perte de phycocyanine voisine de 20 %.

ÉTAPE 6

Broyage et tamisage

Le granulé sec, cassant, est broyé puis tamisé. Il donne une poudre dont la granulométrie conditionne le remplissage de la matrice : trop grossière, elle donne des comprimés irréguliers ; trop fine, elle s'écoule plus mal encore. Avant broyage, on obtient des paillettes. Voir micronisation et broyage.

ÉTAPE 7 — L'ÉTAPE CLÉ

Compression

La poudre tombe dans une matrice, deux poinçons se referment, la pression monte une fraction de seconde, le comprimé est éjecté. Rien n'a été ajouté : ni liant, ni délitant. La masse visée est de 500 mg. C'est l'étape qui sépare le comprimé de la poudre, celle que nous réalisons dans notre atelier, et celle qui exige le plus de réglage : vitesse, profondeur de matrice et pression se calent sur le lot en cours.

ÉTAPE 8

Contrôle du lot

Deux familles. Sur la matière : métaux lourds, microcystines, flore microbienne, humidité, avec le certificat biologique et le bulletin d'analyse du lot. Sur le comprimé : masse moyenne, dureté, friabilité, délitement — les valeurs usuelles étant supérieures à 5 kg/cm² pour la dureté, inférieures à 1 % pour la friabilité, sous le quart d'heure pour le délitement.

ÉTAPE 9

Conditionnement

Comptage, mise en pilulier, bouchage, étiquetage avec numéro de lot et date de durabilité minimale. Le comprimé est hygroscopique comme la poudre : le contenant fait partie du produit. Voir conditionnement à façon.


Ce que coûte le procédé

Le procédé est une affaire d'eau à faire partir. À la sortie du filtre, la bouillie titre 8 à 10 % de matière sèche : il en faut 10 à 12 kilos pour un kilo de poudre. Le pressage la ramène à une pâte à 76,7 % d'eau, soit 4,3 kilos de pâte pour un kilo sec. Le séchage évacue le reste : 3,3 kilos d'eau.

Le temps, ensuite : les essais de séchage en couche mince demandent de 133 à 608 minutes selon la température et l'épaisseur, quand l'atomisation fait le même travail en quelques secondes. Cette différence explique une bonne part des écarts de couleur et de prix d'une spiruline à l'autre. Enfin, le compte à l'unité : un kilo de poudre donne 2 000 comprimés de 500 mg — le chiffre à garder en tête pour lire un prix au kilo, et celui que nous utilisons sur notre page d'achat en gros.

Le paradoxe de l'épaisseur. On croit la qualité d'un séchage lisible à sa température. Les mesures disent autre chose. À 50 °C, une couche de 3 mm perd 43,8 % de sa phycocyanine ; la même couche portée à 7 mm en perd 82,2 % ; à 70 °C sous 7 mm, on atteint 93,1 %. Un séchage tiède mais épais détruit donc davantage qu'un séchage plus chaud et mince, parce qu'il dure bien plus longtemps. L'optimum publié est à 55 °C sur 3,7 mm, pour 37,4 % de perte : c'est la raison d'être de l'extrusion.


Pourquoi la spiruline se comprime sans excipient

Comprimer une poudre, ce n'est pas la tasser : c'est obtenir que les particules se touchent sur une surface assez grande pour que des forces d'attraction très courtes prennent le relais de la pression. Une particule élastique reprend sa forme à l'éjection, et le comprimé se fend. Une particule plastique s'écrase et reste écrasée : la surface de contact créée ne se referme pas. C'est elle qui fait tenir un comprimé.

Or la spiruline sèche est une matière protéique : 55 à 70 % de protéines sur matière sèche selon les compilations de la FAO, 62,2 % dans les essais pilotes récents. Et les protéines particulaires sont plastiques. Une étude de compaction publiée en 2024 mesure, sur des protéines pures comprimées sans aucun excipient, une résistance à la traction de 2,0 à 2,3 MPa pour le lysozyme entre 136 et 260 MPa — au niveau du lactose monohydraté, diluant courant de l'industrie. Le liant, ici, est la matière elle-même.

Deux conditions accompagnent ce mécanisme. L'humidité résiduelle, de l'ordre de 10 %, qui plastifie les protéines : sur-séchée, la spiruline se comprime mal ; trop humide, elle colle aux poinçons. Et la paroi, faite de mucopolysaccharides, qui n'a pas la rigidité d'une poudre de racine ou d'écorce — laquelle réclame presque toujours un liant déclaré à l'étiquette.

Le paradoxe de la presse. Ce qui est difficile avec la spiruline n'est pas de la faire tenir, c'est de la faire couler. La littérature la décrit comme une poudre à écoulement médiocre — indice de Carr supérieur à 25 — et franchement hygroscopique, et une matrice mal remplie donne des comprimés de masse irrégulière. Le problème se règle à la vitesse de la presse, pas dans la formule. C'est l'inverse de la plupart des poudres végétales, qui coulent bien et ne collent pas.


Poudre, paillettes, comprimé, gélule

Quatre formes, une matière, un seul procédé jusqu'au séchage. Ce qui les sépare tient à l'endroit où l'on s'arrête.

Forme Où s'arrête le procédé Ce que cela change
Paillettes Après séchage, sans broyage poussé Fragments visibles, dosage à la cuillère, usage culinaire.
Poudre Après broyage et tamisage Dosage libre à la balance, coût au gramme le plus bas.
Comprimé Après compression Dosage unitaire de 500 mg, faible surface exposée à l'air.
Gélule Après remplissage d'une enveloppe végétale Poudre non comprimée, 250 mg par unité, goût masqué.

Comprimé ou gélule est une question d'usage : le premier porte davantage de matière par unité et coûte moins cher en série ; la seconde n'impose aucune contrainte de compression. Nous réalisons les deux — voir fabrication de gélules et de comprimés.


Ce que l'on contrôle, et pourquoi

Les éléments traces métalliques

La spiruline concentre le milieu où elle pousse. Sur les produits du marché qu'elle a recensés, l'Anses relève de 0,1 à 12,1 mg/kg de plomb, de 0,003 à 1,0 de cadmium, de 0,002 à 24,4 de mercure et de 0,006 à 3,3 d'arsenic. Les limites européennes pour les compléments alimentaires étant de 3 mg/kg pour le plomb, 1 pour le cadmium et 0,1 pour le mercure, certaines analyses les dépassent.

L'écart d'un facteur cent d'un lot à l'autre est la vraie information : le bulletin d'analyse n'est pas décoratif.

Les microcystines

Ce sont des toxines produites par d'autres cyanobactéries, Microcystis notamment. Arthrospira platensis n'en produit pas : leur présence signale un bassin mal maîtrisé ou un inoculum contaminé. L'OMS retient une dose journalière tolérable de 0,04 µg/kg de poids corporel pour la microcystine-LR ; l'Anses relève, dans les compléments à base de spiruline seule, environ 0,1 µg/g.

Aucune teneur maximale n'est fixée pour la spiruline par l'arrêté du 24 juin 2014, et l'Anses recommande précisément d'en établir une. En attendant, le contrôle relève du cahier des charges de l'acheteur.

L'avis conclut que la spiruline « ne semble pas présenter de risque sanitaire à de faibles doses », jusqu'à plusieurs grammes par jour, et recommande les circuits les mieux contrôlés. Il la déconseille en cas de phénylcétonurie, de terrain allergique ou de vulnérabilité musculaire ou hépatique, et insiste sur la qualité de l'eau et la sélection de l'inoculum — deux paramètres qui se décident au bassin, des mois avant le comprimé.


Ce que le comprimé change à l'usage

Le dosage

Une unité vaut 500 mg, sans balance ni cuillère : quatre comprimés font deux grammes, et le pilulier se transporte tel quel.

La conservation

La spiruline est hygroscopique et ses pigments photosensibles. Le comprimé expose bien moins de surface à l'air que la poudre. À conserver à l'abri de la lumière, de la chaleur et de l'humidité.

L'étiquette

Un comprimé de spiruline pure a la liste d'ingrédients la plus courte qui soit : un seul nom. Les excipients de compression, quand il y en a, figurent obligatoirement à l'étiquetage — règlement (UE) n° 1169/2011.

Pour la forme non comprimée, voir la mise en gélules.


Où le retrouver chez nous

La rubrique réunit quatorze références au détail, dans les quatre formes : la poudre en 100 g, 500 g et 1 kg, les comprimés de 500 mg en piluliers de 150 à 1 200, les gélules de 250 mg et les paillettes.

Voir toute la gamme spiruline

Ou par téléphone au 06 66 45 88 96, du lundi au vendredi de 8 h à 16 h.

Vous êtes une marque, une herboristerie ou un façonnier ?

La spiruline s'achète aussi au poids, jusqu'à cent kilos — deux cent mille comprimés. Prix, formats et délais sur la page spiruline en gros.

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Sources

  1. Anses, Avis relatif aux compléments alimentaires contenant de la spiruline, saisine n° 2014-SA-0096, 4 août 2017.
  2. Habib M.A.B. et al., A review on culture, production and use of spirulina, FAO Circular n° 1034, 2008.
  3. Oliveira E.G. et al., Characterization of thin layer drying of Spirulina platensis, Bioresource Technology, vol. 100, 2009.
  4. Oliveira E.G. et al., Optimisation of Spirulina platensis convective drying, Int. Journal of Food Science and Technology, vol. 45(8), 2010.
  5. Villaró S. et al., Production of Arthrospira platensis using pilot-scale raceway reactors, Foods, vol. 11(15), 2022.
  6. Luo G. et al., Manufacturing processes of fresh microalgae Spirulina, Frontiers in Nutrition, vol. 11, 2024.
  7. Holmfred E., Hirschberg C., Rantanen J., Compaction properties of particulate proteins, Pharmaceutics, vol. 16(1), 2024.
  8. Pathania P. et al., Formulation strategies and quality considerations of spirulina tablets, J. of Advances in Medical and Pharmaceutical Sciences, vol. 27(12), 2025.
  9. Règlement (UE) 2023/915 — teneurs maximales en contaminants.
  10. Règlement (UE) n° 1169/2011 — déclaration des ingrédients.
  11. Arrêté du 24 juin 2014 — plantes autorisées en compléments alimentaires.

Les conditions opératoires citées sont celles de la littérature scientifique publiée ; chaque fabricant a les siennes.


Voir aussi : gélules et comprimés · micronisation et broyage · conditionnement à façon · spiruline en gros · tous nos savoir-faire. Nous sommes toujours disponibles au 06 66 45 88 96.

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